Hede Kallmeyer-Simon : Eléments de biographie (1881-1976)

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« L’unité de l’homme repose sur le développement harmonieux entre corps, âme et esprit. Aux soins par le mouvement se rajoutent les soins par la respiration et le son. »
C’est par ces mots que Hede Kallmeyer, professeur d’Elsa Gindler, introduit le lecteur dans son livre « Heilkraft durch Atmen und Bewegung (Pouvoir de guérison par le souffle et le mouvement)» sous-titré « Expériences d’une vie pour la gymnastique. » 

Hede Kallmeyer est née à Stuttgart le 16 juillet 1981 et meurt le 23 juin 1976 dans le Chiemgau. Elle est la cadette d’une famille dont le père décède tôt. Du 25 janvier 1909 au 15 décembre 1915 elle est mariée avec Ernst Kallmeyer, union d’où naissent quatre filles. De deux filles ont n’a plus de traces.

Elle découvre sa vocation pour la gymnastique à vingt ans en1901. Elle écoute à Stuttgart une conférence de Madame Densmore, une américaine, élève de Stebbins et d’une Française dont elle ne se souvient plus de son nom. [i]

Elle prend immédiatement une vingtaine des leçons particulières auprès de Madame Densmore et reçoit d’elle un exemplaire du livre de Stebbins « System of Physical Training » qui devient son livre de travail durant toute sa vie. Après le départ de Madame Densmore, elle essaye de traduire le livre de Stebbins pendant quatre ans et essaye de travailler toute seule. Elle se rend à l’évidence que des notions pratiques de cet enseignement lui échappent qu’elle aurait besoin des leçons plus approfondies et directes avec un professeur.

La lecture d’un livre de Paul Schultze-Naumburg qui démontre que la beauté naturelle du corps féminin perd beaucoup en portant le corset grâce aux photographies en parallèles, corps naturel sans corset et avec corset. Ceci stimule sa réflexion comment apporter une aide à toutes ces femmes pour développer une musculature adaptée, comment développer la respiration et l’idée de faire des cours des mouvements lui viennent pour pouvoir abandonner le corset. En même temps cette lecture l’incite à laisser tomber son propre corset [ii] Dans la rue les gens se retournent sur elle, ne pas porter un corset a été considéré comme « vulgaire et révolutionnaire », plus aucun homme ne l’invite à danser puisqu’elle n’est pas convenable.

Faute de pouvoir aller aux Etats-Unis, sa famille refuse de la laisser partir, elle part en Angleterre se former à la gymnastique callisthénique« Calisthenics ». Cette formation consiste à faire des mouvements tirés du ballet, notamment tous les mouvements des pieds, ces mouvements sont exécutés en musique à l’aide des anneaux, ballons, quilles et tendeurs. Il avait des séquences de marches, et des danses de salons.

 

Elle s’oppose à ses professeurs, Miss Dix et Miss Banister, qui portent des corsets pour faire leurs exercices. Elles ne bougent que leur bras et un peu les jambes, ne rien d’autre ne bouge. Ceci ne colle pas à la conception du mouvement dans un corps libre de Kallmeyer et elle refuse de s’exécuter. Elle refuse aussi tous les exercices des pieds (pieds en dehors) pour ne pas les abîmer. Les dommages qu’une telle gymnastique puisse causer lui sautent aux yeux en voyant ses collègues. Puisqu’ elle se refuse de danser avec un corset, on ne veut pas lui donner son certificat de professeur en gymnastique callisthénique, à la fin de sa formation.

 

Entre temps elle a écrit à Stebbins pour pouvoir venir à New York dans son école. Celle-ci l’accepte et l’attend à l’automne, malgré les difficultés, elle obtient l’autorisation de sa famille de partir et s’embarque le 2 octobre 1906 sur un bateau pour traverser l’Atlantique.

 

Dès le lendemain elle rencontre Geneviève Stebbins : « Brusquement je me suis trouvée face à elle. Je n’oublierai plus jamais cet instant. J’ai vu tout d’abord que ses yeux et sa tête : un visage gracieux, aux traits fins et tendres, très illuminé. Les yeux foncés brillants avec une expression de vivacité extrême dont une lueur d’amour en sortait tels que je ne les ai jamais rencontrés……. Elle me salua chaleureusement, et elle devint mon exemple durant toute ma vie. »[iii]

 

«Ce que j’ai trouvé aux Etats-Unis dépassait toutes mes attentes. Dans l’école anglaise que j’ai fréquentée durant une année, tout étaient artificiel, pas naturel, creux, ne prenant en compte que les aspects extérieurs. [iv]Ici (à New York) tout venaient de l’intérieur, symboliquement ordonné par des lois, allant très en profondeur. Dans cette école (School of expression où Ecole de l’expression fondée par Stebbins) il y a deux formations parallèles simultanés, la première branche est occupée par la formation de la voix, l’art oratoire et cours de théâtre et la deuxième branche prévoit une formation diplômant de la de gymnastique. Un diplôme complet pour les deux formations existaient aussi.»

 

Puisque cette formation était faite sur deux ans, Kallmeyer se décide, malgré ses difficultés en anglais, de suivre les deux cursus en même temps. Stebbins montraient les mouvements très lentement, ainsi les élèves pouvaient comprendre le contenu.

 

Donc tous les matins Kallmeyer s’emploie à suivre la formation de la voix avec Stebbins, l’enseignement de la voix en lien avec le diaphragme. Puis elle suit des cours avec une assistante de Stebbins, Miss Miller, qui enseignait des suites de mouvement avec outils. Des classes d’exclamation, étaient plus difficiles pour elle à cause de son accent en anglais, et ses collègues se moquèrent d’elle. Sous la guidance de Stebbins qui donnait des leçons de Shakespeare, elle lisait trois ou quatre rôles différents toujours avec une autre expression, une autre voix, et avec d’autres mouvements. Lors de l’examen de deux branches de la formation, à la fois oratoire et gymnique, les élèves devaient se produire à la fois seule et en groupes à Carnegie Hall, avec des récitations et des mouvements.

 

A l’automne 1907, le diplôme complet en poche, elle revient par le bateau en Angleterre, rejoint Stebbins qui se repose à Dittisham, dans le sud de l’Angleterre. Elle continue de travailler avec Stebbins jusqu’à celle-ci considère que c’est suffisant. Kallmeyer ne comprend pas bien le séjour de Stebbins en Angleterre, va –t-elle écrire un nouveau livre, prépare-t-elle un séjour en Inde ? Pourquoi Stebbins a-t-elle coupé tous les ponts avec l’Amérique ?[v]

 

Kallmeyer revient à Stuttgart souhaiterait suivre les cours de l’improvisation de Dalcroze, tout son matériel d’enseignement est en anglais, mais sa mère l’invite vivement à travailler enfin. Sa ville natale est peu ouverte à ses acquisitions, la société ne l’accepte pas, elle travaille, porte pas de corset, elle se sent prise en sandwich entre une mère qui est devenue sourde et une société avec un esprit extrêmement étroit. Elle donne ses cours où tous les mouvements étaient faits avec des robes longues, ce qui est laborieux et elle doit utiliser aussi ce qu’elle a appris en Angleterre, car cela correspond au travail en vogue, mais pour elle c’est une régression.

 

Elle se bat ainsi à Stuttgart pour monter ses cours. La notion de « détente », reprise par Stebbins de Delsarte, passe difficilement dans les cours de Kallmeyer, car elle la traduit en allemand par ‘laisser mou ». Les sportifs et gymnastes l’attaquent, faire les mouvements avec une notion de détente n’est pas connu alors en Allemagne, tout ce qui n’est pas tension, dureté et orienté vers la performance ne vaut rien.

 

Après son mariage avec Ernst Kallmeyer en 1909 elle déménage à Berlin, une première fille naît en 1910, et elle ouvre sa propre école. Elle commence à former très vite, ses premières formations ne durent au début que six mois, par la suite elle étend la formation à deux ans. Parmi les premières élèves, elle compte Hedwig von Rhoden, Elsa Gindler et Gertrud Markus (par la suite sous le nom de Gertrud von Hollander, première collaboratrice d’Elsa Gindler). Hedwig von Rhoden (fondatrice de l’école de Loheland) et Elsa Gindler ont créé leurs propres écoles, les orientations prises par elles, l’éloignement de l’art respiratoire tel qu’elle l’enseignait, déplaisent à Hedwig Kallmeyer, mais ses orientations étaient possibles selon elle grâce au riche enseignement ramené des Etats-Unis.

 

Trois autres filles naissent, elle présente son travail à Berlin dans une conférence où Gertrud von Hollander et Hedwig von Rhoden présentent les mouvements de son travail, elle écrit son premier livre de Gymnastique avec son mari[vi], divorce de lui en 1915 et déménage contrainte par la guerre en 1917 à Breslau.

 

A Breslau, elle rencontre et forme Friede (Rune) Lauterbach, collaboratrice et amie, avec laquelle elle va travailler par la suite toute sa vie jusqu’à la mort de la dernière en 1956. Hede Kallmeyer dispose de son propre lieu de travail où elle reçoit beaucoup d’enfants envoyés par les pédiatres, et dans une école privée les traditionnels exercices de l’éducation physique étaient remplacés par ses mouvements.

 

En 1925 elle est rappelée à Berlin par Monsieur Hilker, Fondateur de la Fédération allemande de Gymnastique, continue toujours de donner ses cours et former ensemble avec Friede Lauterbach.

 

Berlin ne convient ni à Friede Lauterbach, ni à elle, elles déménagent leur école en 1934 au château Marquartstein en Bavière, lorsque le docteur Harless avec qui Kallmeyer avait travaillé un été dans un sanatorium à Wyk, l’invite à venir travailler dans son école des jeunes filles crée à Marquartstein

 

Elles s’occupent de la posture, du traitement du dos et des pieds des adolescents, faisaient des belles randonnées, mettaient en avant un régime végétarien pour les élèves. Le travail de la voix, et l’expression par les mouvements avait aussi leur place.

 

Friede Lauterbach, excellente pédagogue, a une grand part, selon Kallmeyer, dans la transformation et adaptation du matériel américain de Stebbins à la culture allemande et prend la direction des séminaires toute seule à partir de 1937. Kallmeyer vit au château Marquartstein jusqu’à sa fin de sa vie et travaille dans son propre cabinet où elle s’occupe de recevoir des personnes privées.

 

L’école Kallmeyer-Lauterbach est transférée par la suite à Hambourg. Friede Lauterbach meurt jeune en 1956. Kallmeyer s’est retirée de l’enseignement et ne s’occupe que de son cabinet privé, donne des leçons privées qui lui correspondaient depuis toujours nettement plus.

 

L’apport de Kallmeyer, en dehors du travail ramené des Etats-Unis, siège dans la gymnastique des organes génitaux de la femme. Elle traite ainsi dans ses leçons particulières les latéro-déviations utérines, la descente d’organes génitaux, la préparation à l’accouchement et la récupération après l’accouchement. Son propre expérience (une latéro-déviation utérine [vii]subie lors d’un soulèvement d’une charge lourde) et la mise au monde des quatre filles, l’ont guidées dans cette recherche.

Kallmeyer décède le 23 juin 1976 dans le Chiemgau.

 

Mes sources:

KALLMEYER, Hede. 1975. (2ème édition). Heilkraft durch Atem und Bewegung; Erfahrungen eines Lebens für die Gymnastik. Heidelberg. Karl F.Haug Verlag, 107p. ISBN3-7760-0364-4

HEINRICH-JACOBY / ELSA-GINDLER STIFTUNG. 2002. Elsa Gindler-von ihrem Leben und Wirken. Hamburg.Hans Christians Verlag. 200p. ISBN 3-7672-1398-2

FESSER, Gerd. (Dr.phil ). 2000. Die Kaiserzeit. Deutschland 1871-1918. Erfurt. Druckerei Sömmerda GmbH. ISBN 3-931426-39-4

Le chateau Marquartstein, à 10 km au sud du lac Chiemsee en Bavière

 

[i] Sous l’empire de l’Empereur Guillaume II d’Allemagne (Empereur du 15/6/1988 au 9/11/1918), les femmes ne travaillent pas sauf la classe ouvrière.

 

[ii]A cette époque toutes les femmes portent des corsets serrés qui nuisent à leur santé. A la fois au niveau musculo-squelettique en provoquant des graves déformations de la cage thoracique avec une capacité respiratoire diaphragmatique totalement défaillante. Ceci a eu pour conséquences toute une défaillance du système viscérale de la sphère digestive (foie, digestion, élimination)). En 1910 l’âge moyen des hommes atteint 44, 8 et chez les femmes 48,3 ans.

 

[iii]Hede Kallmeyer,« Heilkraft durch Atem und Bewegung» (Pouvoir de guérison par le souffle et le mouvement) sous-titré : Expériences d’une vie pour la gymnastique. »  p 13 Extrait traduit de l’allemand par moi-même.

 

[iv] Hede Kallmeyer, idem p.14

 

[v] Stebbins arrête toutes ses activités cet automne 1907.

[vi] « Harmonische Gymnastik » (Gymnastique harmonique)

 

[vii] Le traitement gynécologique des femmes consistait à brûler les muqueuses, ou les opérer en enlevant les organes génitaux. Les connaissances des femmes de la sexualité, ce qui les attendait dans leur nuit de noces, la prévention des grossesses non-voulues étaient les thèmes dans la société d’autan totalement tabous.( La mortalité infantile était en 1901 en Allemagne de 20,7%)

 

On peut considérer que l’enseignement par ces femmes pionnières, de s’occuper de son propre corps était, un moyen d’ouvrir le chemin de la liberté pour les générations de femmes à venir.

 

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